Pôle 2
Itinéraires : politiques publiques et migration du pouvoir

Les recherches aborderont la thématique générale « itinéraires » sous l’angle des différentes (im)migrations qui ont laissé leur empreinte sur la Grande-Bretagne contemporaine et continuent de la marquer : migrations de populations, de pouvoirs, d’institutions. La « migration » du pouvoir vers les régions en Grande-Bretagne sera étudiée à travers le prisme de la dévolution voulue par le New Labour de Tony Blair. En effet, dès leur arrivée au pouvoir en 1997, les « nouveaux » travaillistes entreprennent une vaste délégation de pouvoir vers un parlement en Écosse, une assemblée législative au pays de Galles et une mairie à Londres. Depuis, pourtant, la décentralisation du pouvoir vers des autorités infra étatiques dans les régions s’est avérée être un échec, ayant été rejeté par la population par voie référendaire. Se pose alors la question de savoir quel est l’objectif de la décentralisation du pouvoir ainsi que ces effets sur la citoyenneté. S’agit-il de faire migrer le pouvoir politique du centre vers les régions ou de décentraliser l’organisation administrative du pays ? La multiplication des échelles de pouvoir pose de nombreuses questions sur la nature de la citoyenneté. En effet, la surimposition de niveaux de citoyenneté – locale, régionale, nationale voire européenne - devrait normalement permettre aux individus de contribuer et de s’identifier aux sphères politiques et sociales dans lesquelles ils évoluent. Théoriquement le chemin parcouru par le pouvoir depuis le centre - son itinéraire - peut combler un déficit de démocratie. Dans cette perspective une théorisation des caractéristiques principales de la décentralisation du pouvoir ainsi que de la démocratie participative en Grande-Bretagne sera proposée. (Timothy WHITTON)

La décentralisation sera également étudiée par le biais des mouvements de populations, leur itinéraire et leur migration. La renaissance urbaine développée par les gouvernements de Mme Thatcher a parfois abouti à un déplacement forcé des habitants en quête de logements à prix abordables. L’exemple le plus connu est celui des Docklands, un quartier pauvre du centre de Londres qui, grâce à un programme de réhabilitation, est rapidement devenu très attractif. D’où un certain embourgeoisement (gentrification) d’anciens quartiers défavorisés associé à une ghettoïsation accrue des plus pauvres. La mise en place de l’impôt par capitation (Poll Tax) en 1988 a aggravé la stigmatisation de la pauvreté déjà amorcée par les politiques urbaines. Contraints à se retirer des listes électorales pour échapper à ce nouvel impôt, les citoyens les plus pauvres ont perdu leur droit à toute représentation politique. Ils sont devenus des « citoyens de seconde zone », grossissant les rangs de ce que Charles Murray a défini, en 1984, comme la underclass, terme d’ailleurs employé par Margaret Thatcher. Même si le successeur des conservateurs, Tony Blair, a fait appel aux plus grands architectes de l’espace urbain, notamment à Richard Rogers, la migration des plus pauvres issus de ces quartiers réhabilités vers d’autres espaces de vie s’est poursuivie. Pourtant, l’objectif affiché de cette réhabilitation urbaine était l’amélioration de l’environnement et des conditions de vie des résidants. La démocratie participative présentée par Premier ministre comme le moyen de donner le pouvoir aux citoyens a-t-elle permis aux habitants de ces quartiers de reconquérir leurs droits politiques ? L’étude des recensements de 1991 et 2001, des documents officiels ainsi qu’un travail en archives locales nous permettra de dresser un bilan de l’action du New Labour dans ce domaine et d’entrevoir les changements intervenus depuis. (Raphaële ESPIET-KILTY)

Le thème de la citoyenneté reste un thème de réflexion important au sein de l’équipe. Il s’agit, bien entendu, de la citoyenneté au sens large (droits civils, politiques, sociaux, citoyenneté participative, etc.) et de la dialectique exclusion-inclusion. Les travaux porteront sur l’itinéraire qui mène – ou non - à une reconnaissance formelle et symbolique de la citoyenneté américaine (États-unis) des individus issus des minorités ethno raciales et des groupes « minorisés » (femmes). La question du droit de vote des femmes dans le New Jersey, pionnier en la matière, aux 18e et 19e siècles, sera développée à partir des archives de cet État : pourquoi le New Jersey ? Comment cette mesure a-t-elle été mise en pratique et accueillie dans cet État ? L’approche interdisciplinaire (histoire et sociologie politique en particulier) sera privilégiée. (Linda CHAIB)