Ken "le Rouge" et la Mairie de Londres. Du Greater London Council à la Greater London Authority.
Timothy Whitton, Harmattan, 2010

Ken "le Rouge" et la Mairie de Londres. Du Greater London Council à la Greater London Authority.

Comme je le disais avant d’être si brutalement interrompu voilà quelque quatorze années… .

C’est avec ces paroles que Ken « le rouge » Livingstone accueille la nouvelle de son élection à la tête de la toute nouvelle mairie de Londres, la Greater London Authority (GLA). Ce trublion issu de l’aile gauche du Parti travailliste et adepte du socialisme municipal a déjà rempli des fonctions similaires auprès du Greater London Council (GLC) qu’il a dirigé entre 1981 et 1986. Pendant cette période, Livingstone s’est servi de son mandat pour défier le gouvernement de Mme Thatcher à tel point que pour mettre un terme à ses agissements, la Dame de Fer décidera de supprimer le GLC. Plus tard, c’est au tour de Tony Blair, l’apôtre du centralisme charismatique, de voir son autorité ébranlée par Livingstone. Le New Labour utilise le référendum pour faire approuver ses projets de décentralisation et la GLA doit voir le jour en 2000. Tandis que Blair compte installer l’un des siens aux commandes, Livingstone se refuse à voir Londres devenir le simple relais du pouvoir central. Son obstination l’écarte de l’investiture travailliste et l’oblige à se présenter comme candidat indépendant, ce qui lui vaut d’être exclu du Parti travailliste. Toutefois, ces péripéties n’empêchent pas les Londoniens de le choisir comme maire deux mois plus tard. Son premier mandat lui permet de confirmer son indépendance par rapport au New Labour ainsi que son statut de troisième homme du pays après le Premier ministre et le Chancelier de l’Échiquier. Fort du succès de sa taxe « anti-embouteillages », Livingstone réintègre le Parti travailliste et en 2004, dispute l’élection à la mairie sous ses couleurs. Sa victoire est nette, mais moins retentissante qu’en 2000. Malgré sa contribution à l’obtention des JO de 2012 et sa gestion exemplaire des attentats de juillet 2005, pendant son deuxième mandat la popularité de Livingstone s’effrite à mesure que les « affaires » s’accumulent autour de lui et qu’il semble se laisser griser par le pouvoir conféré par son poste. Les Londoniens perdent confiance en l’enfant de la capitale devenu le « maire de Blair » et se lassent de ses provocations incessantes. L’élection de 2008 est l’occasion idéale d’exprimer cette insatisfaction ainsi que la désaffection par rapport au New Labour. Cette fois-ci ils accordent leur confiance à Boris Johnson, le candidat du Parti conservateur qui un an auparavant était un parfait inconnu. En suivant les événements dans leur ordre chronologique, cet ouvrage permet au lecteur de comprendre la contribution de Ken Livingstone aux deux instances supra municipales ayant récemment marqué l’histoire de Londres. Que l’on aime ou que l’on déteste Livingstone, sa politique populiste est d’une qualité rare, ce qui le rend attrayant, et un peu comme pour Mme Thatcher, on peut s’opposer à ses choix tout en appréciant son authenticité. Livingstone n’est pas l’homme politique « classique » terne dont la survie dépend de sa propension à ne prendre aucun risque : il symbolise tout ce que le New Labour aurait pu faire, compte tenu de sa majorité incontestable. Si le New Labour l’a rêvé, c’est le renégat Livingstone qui l’a fait en prenant des mesures radicales, parfois en affrontant les lobbys les plus puissants.

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